L’intensité du stress ressenti au travail a doublé en un an (baromètre Cegos)

Seules 16 % des entreprises ont signé un accord sur la qualité de vie au travail et la moitié n’a pas l’intention de le faire, alors que plus de 60 % des salariés déclarent subir du « stress régulier » au travail, dont l’intensité a doublé en un an, selon le dernier baromètre Cegos sur le climat social, rendu public le 22 octobre 2015. La 17e édition de l’étude relève par ailleurs que la moitié des managers et salariés jugent que le climat social s’est dégradé. « Ça continue à descendre, analyse Catherine Lainé, spécialiste des enjeux RH, notamment pour les managers, particulièrement exposés. » Autre enseignement : l’ambivalence des effets des outils numériques, qui améliorent l’accès à l’information mais déséquilibrent le rapport entre vie professionnelle et vie personnelle selon la majorité des collaborateurs.

La perception du climat social dans les entreprises « continue à descendre, mais ce n’est pas parce que ça se dégrade qu’on est malheureux », analyse Catherine Lainé, senior consultante chez Cegos, au regard des chiffres du baromètre présenté le 22 octobre 2015 (1). Plus de 40 % des salariés, 50 % des managers et 34 % des DRH estiment que le climat social s’est, « globalement », un peu voire beaucoup dégradé. Dans le même temps, plus de sept salariés sur dix et 80 % des managers considèrent « satisfaisante » l’ambiance de travail au sein de leur équipe. « Il y a une lucidité sur ce qui est en train de se passer dans l’entreprise, mais le vécu n’est pas si catastrophique que ça », poursuit-elle.

Dialogue social : les DRH « circonspects » sur la loi Rebsamen

Ainsi, l’ensemble des collaborateurs restent en majorité investis : 54 % chez les salariés et 82 % chez les managers se disent très engagés, mais leurs attentes diffèrent. « Les salariés demandent du contact, que les managers leur parlent. Mais les managers, quand ils n’ont pas d’informations précises, craignent d’être pris en défaut et ne sortent pas de leur bureau », commente Catherine Lainé. La moitié des DRH estime par ailleurs que les managers ayant le meilleur climat social dans leurs équipes sont ceux qui « organisent des points hebdomadaires ou mensuels avec leurs collaborateurs », prennent du temps avec eux et communiquent de manière « claire et transparente ».

Si l’ensemble des collaborateurs considèrent avoir accès « facilement » aux représentants du personnel, seule la moitié des salariés ont « confiance [en eux] pour accompagner les transformations de l’entreprise », une proportion qui tombe à 28 % chez les managers. Pour résoudre les conflits, les salariés préfèrent « se faire justice soi-même », selon Virginie Loye, responsable des formations RH, en allant discuter directement avec le manager (46 % des salariés), ou « en levant le pied » plutôt que de consulter les représentants du personnel (15 % pour les salariés, 1 % des managers). Concernant la nouvelle loi dite « Rebsamen » , « les DRH sont circonspects », 17 % seulement jugeant qu’elle va « améliorer la qualité du dialogue social ».

Un quart des salariés victimes de harcèlement ou de burn-out

Comme en 2014, un quart des collaborateurs assurent avoir déjà été victimes de dépression à cause de leur travail ou de harcèlement moral. Si plus de la moitié des DRH interrogés déclarent avoir mis en place des actions de prévention des risques psychosociaux et d’amélioration de la qualité de vie au travail, plus de huit sur dix n’ont pas signé d’accord sur le sujet, 50 % d’entre eux n’envisagent pas de leur faire.

Les résultats concernant l’impact des outils numériques sont « contrastés », résume Virgine Loye, soulignant que la grosse majorité des salariés, managers et DRH estiment qu’ils permettent un meilleur accès à l’information, mais seule la moitié juge qu’elle améliore le travail entre services. Près des trois quarts des managers disent par ailleurs travailler sur leur temps personnel et ressentent un plus fort déséquilibre entre vie professionnelle et vie privée. Un tiers des salariés assurent être « souvent sollicités » en dehors de leurs horaires de travail, quand 12 % des responsables des ressources humaines estiment que c’est réellement le cas.

Autre distorsion : entre 70 et 83 % des DRH jugent que les hommes et les femmes sont sur un pied d’égalité pour ce qui est de l’évolution professionnelle et de la rémunération, quand la moitié des femmes seulement estiment que c’est le cas. « Sans surprise, ce sont les femmes qui portent le regard le plus lucide sur cette question », commente l’étude.

(1) Étude réalisée aux mois de juillet et août 2015, auprès de 1 204 personnes, dont 750 salariés, 307 managers et 147 directeurs ou responsables des ressources humaines d’entreprises du secteur privé de plus de 100 salariés.

Paris, le 22/10/2015 17:00:00 Dépêche AEF n°509253